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La place de l’orgue et de l’organiste dans la liturgie

JPMcathVersailles bd« On estimera hautement, dans l’Eglise latine, l’orgue à tuyaux comme l’instrument traditionnel dont le son peut ajouter un éclat admirable aux cérémonies de l’Eglise et élever puissamment les âmes vers Dieu et le ciel » (Concile Vatican II/Constitution sur la sainte liturgie n° 120). Tout est dit !

Dès l’origine de sa présence à l’église (Xème-XIIème s.) l’orgue est lié au chant : il est chargé de soutenir, d’introduire, de répondre, de paraphraser, de commenter, d’illustrer et bien sûr d’accompagner. Le paradoxe en présence se situe dans le fait que, dans la majorité des cas, l’orgue est placé à une extrémité de l’église (le plus souvent en hauteur) qui semble l’éloigner et du sanctuaire et de l’assemblée : il revient donc à l’organiste de veiller scrupuleusement à ce que cet éloignement ne nuise pas à l’action liturgique et ne le transforme pas de fait en « soliste cultuel ».

Cette distance permet cependant d’habiter l’espace entier de l’église pour soutenir et élever une assemblée réunie en prière. L’organiste est donc un « serviteur quelconque », dit l’Ecriture, pris dans son sens « d’ordinaire » : en équipe liturgique (au même titre que les lecteurs, les animateurs de chant, le chœur, les clercs, le sacristain, voire les décorateurs du sanctuaire (fleurs, cierges, icônes, mobilier, œuvres d’art, etc…) il va servir. Son humilité va aussi être mise à l’épreuve car il peut être dirigé par des animateurs qui n’ont pas ses compétences ni son niveau d’études musicales…..

Il revient à l’organiste d’introduire la célébration dans l’esprit du jour bien avant le commencement, d’accompagner l’assemblée réunie et le soliste vocal (qu’il connaît bien pour l’avoir rencontré afin de faire le point sur leurs interventions réciproques), ceci avec un soutien adapté sans « écraser » et de conclure à l’envoi, non pour se faire valoir (vanité des vanités !) mais pour mettre encore en relief l’intensité de ce qui vient d’être vécu communautairement et garder le caractère sacré de la célébration eucharistique terminée et qui perdure. Ceci étant valable pour toute présence de l’orgue dans le cadre liturgique (offices dominicaux et festifs, mariages, obsèques, veillées, etc…).

L’intervention de l’organiste se fait également sous forme de commentaire musical soliste des lectures du jour en interprétant des œuvres écrites et en improvisant s’il le peut. Il est responsable de la transmission du trésor de la Musique sacrée comme de la conservation de son instrument en liaison avec le Facteur d’orgues chargé de l’entretien. Ce qui suppose une formation adaptée à la technique de l’orgue selon ses moyens, un travail personnel rigoureux, et … l’accès libre à son instrument sans déranger la prière et la piété du lieu. Un bon organiste, qui doit connaître parfaitement les grandes étapes et époques de la liturgie et le détail des offices auxquels il prend part, doit intervenir à bon escient. Même s’il doit accompagner des cantiques mal écrits, il a pour mission d’habiller ce qui est mal vêtu ! L’idéal est qu’il soit appelé à participer de droit aux commissions de liturgie de sa paroisse afin de travailler et de réfléchir en équipe à l’approfondissement du mystère eucharistique, bien entendu en parfaite harmonie (complicité parfois !) avec son Curé.

En action liturgique, il doit aussi suivre très en avance ce qui se déroule, anticiper et percevoir l’instant de son intervention avec tact et intuition et savoir se retirer dans le moment qui précède celui où il devient importun : seul ce qui est prononcé à l’ambon de la Parole et ce qui se vit à l’autel est important. L’exemple des grands Maîtres de l’orgue authentiques serviteurs doit être médité.

Conservateur et serviteur du trésor de la Musique Sacrée, il est encore appelé à faire entendre le répertoire en récital et en concert pour toucher et sensibiliser un plus large « public » dans le cadre de la nouvelle évangélisation voulue par notre Evêque. Mais ceci est un autre sujet.

Bref, pour être en parfaite communion avec ce qu’il sert, il est préférable pour l’organiste liturgique de dire sa Foi et d’adhérer totalement au « programme » du Credo.

Terminons avec deux citations :

– du Pape Jean-Paul II (à Rome/cité du Vatican le 19 janvier 2001/Institut pontifical de Musique sacrée) :

« la musique et le chant ne sont pas, de fait, un pur décor ou un ornement superposé à l’action liturgique. Ils constituent, au contraire, une réalité unitaire avec la célébration, en permettant l’approfondissement et l’intériorisation des mystères divins. Le critère qui doit inspirer toute composition et toute exécution de chants et de musique sacrée est celui d’une beauté qui invite à la prière. Quand le chant et la musique sont signes de la présence et de l’action de l’Esprit Saint, ils favorisent, d’une certaine façon, la communion avec la Sainte Trinité : la liturgie devient alors « opus Trinitatis ». »

– du Pape Benoît XVI (à Ratisbonne le 13 septembre 2006/bénédiction du nouvel orgue dans la « Alte Kapelle ») :

« l’orgue est considéré depuis toujours comme le roi des instruments musicaux, car il reprend tous les sons de la Création et fait résonner la plénitude des sentiments humains, de la joie à la tristesse, de la louange aux pleurs. En outre, en transcendant comme toute musique de qualité la sphère simplement humaine, il renvoie au divin. La grande variété des timbres de l’orgue, du  piano jusqu’à l’impétueux fortissimo  en fait un instrument supérieur à tous les autres. Il est en mesure de faire résonner tous les domaines de l’existence humaine. Les multiples possibilités de l’orgue nous rappellent d’une certaine façon l’immensité et la magnificence de Dieu ».

Telle est la mission de l’organiste-serviteur.

Pour la plus grande gloire de Dieu.

Jean-Pierre MILLIOUD, Titulaire du grand’orgue historique de la cathédrale St-Louis de Versailles, Président des Amis de l’Orgue de Versailles et de sa Région

Mars 2008.

Avec l’approbation de S.E. Mgr Eric AUMONIER, évêque de Versailles

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